1- Penser aux médicaments

Voici une bonne règle à suivre quand un symptôme comme la fatigue (ou tout autre chose) fait irruption brutalement dans votre vie et se met à traîner : penser d’abord aux médicaments. Avez-vous commencé un traitement un peu avant que ce symptôme apparaisse, ou même plusieurs mois avant ? Plusieurs médicaments sont bien connus pour provoquer des fatigues inexpliquées. C’est le cas des inhibiteurs de la pompe à protons (IPP, prescrits dans le reflux gastro-œsophagien et les œsophagites), des antihistaminiques (prescrits dans les allergies), des anxiolytiques, des corticostéroïdes, des antidépresseurs, des antihypertenseurs, des diurétiques, des statines (traitement du cholestérol élevé) et même des antibiotiques. 


2 - Le cœur

Quand la fatigue intervient pendant les activités quotidiennes, comme le ménage ou le jardinage, c’est parfois le signe que le cœur connaît des difficultés. Si vous remarquez qu’il vous est de plus en plus difficile de terminer des tâches que vous accomplissiez avec facilité, si vous êtes essoufflé en montant vos escaliers, il faut consulter. Le médecin trouvera peut-être qu’une valve du cœur fonctionne mal. C’est une situation qui se gère bien avec un changement de mode de vie et éventuellement des médicaments. C’est aussi là que réapparaît notre coenzyme Q10.
Dans une insuffisance cardiaque, cette substance est souvent surutilisée. On trouve de la coenzyme Q10 dans les abats, le bœuf, les sardines, le maquereau, les cacahuètes, l’huile de soja. Le corps en fabrique aussi à partir de l’acide aminé L-tyrosine, avec l’aide de 8 vitamines, pas moins (B2, B3, B5, B6, C, B9 B12). Mais l’organisme ne parvient pas toujours à en fabriquer des quantités adéquates. Il faut donc essayer dans ce type de fatigue d’essoufflement, de récupération difficile, un supplément de CoQ10, entre 50 et 150 mg par jour. Les études montrent que de nombreux patients (pas tous) sont améliorés ; il s’agit probablement de ceux qui ont à l’origine des niveaux très
bas de CoQ10.

co enzyme Q10


3 - un sucre sanguin élevé


Dans le diabète ou le prédiabète, le sucre issu de la digestion des aliments reste dans le sang au lieu d’être capté par les cellules pour être converti en énergie. Résultat : on peut se sentir fatigué par manque d’énergie disponible. Une analyse de sang vous dira si votre glycémie est élevée. Ensuite, pas de panique. Dans la majorité des cas (lorsque le pancréas produit toujours de l’insuline), de simples changements de mode de vie vous permettront de régler le problème : perte de poids, activité physique, alimentation à index glycémique bas (éviter les aliments raffinés et sucrés).

Site permettant de trouver les aliments ayant un index glycémique bas : http://www.montignac.com/fr/rechercher-l-index-glycemique-d-un-aliment/


4 -La thyroïde


La thyroïde est une petite glande logée à la base du cou. Elle contrôle entre autres la vitesse à laquelle les aliments sont convertis en énergie. Quand la thyroïde ne produit pas suffisamment d’hormones, on se sent fatigué, on a des frilosités, on grossit. Les hypothyroïdies affectent les hommes et les femmes ; à l’âge de soixante ans, près d’une femme sur cinq manque d’hormones thyroïdiennes. Si votre thyroïde est attaquée par votre système immunitaire (l’analyse de sang montre des auto-anticorps), il faut essayer d’urgence un régime sans gluten ni laitages. Dans tous les cas, un médicament à base d’hormones thyroïdiennes (Lévothyrox ou Euthyral) peut compenser épisodiquement ou durablement la diminution de la sécrétion d’hormones naturelles. Les compléments alimentaires sont inefficaces.


 

5 - une infection urinaire silencieuse


Les infections urinaires ne se signalent pas toujours par des douleurs, des brûlures à la miction, une sensation d’urgence. Dans certains cas, le seul symptôme est une fatigue inhabituelle. Une analyse d’urine permet de savoir ce qu’il en est vraiment. Une analyse de sang est parfois prescrite au même moment.


 

6 - Le manque de fer


Les femmes entre puberté et ménopause apprennent à s’accommoder du manque de fer, qui est du au fait qu’elles perdent chaque mois du sang. Avec moins d’hémoglobine et/ou de globules rouges, moins d’oxygène est disponible pour les tissus, ce qui entraîne de la fatigue. Les hommes sont généralement à l’abri d’une fatigue par manque de fer, sauf en cas de petite hémorragie silencieuse. Pour savoir d’un coup d’œil si vous manquez de fer, regardez si l’intérieur de la paupière, les muqueuses de la bouche ou les ongles sont pâles. La correction d’un déficit en fer se fait avec des aliments comme la viande rouge, le boudin ou les lentilles. Dans les cas plus sérieux, il faut prendre un médicament à base de fer. Il est déconseillé de prendre un complément de vitamines avec du fer, parce que le fer peut réagir avec la vitamine C pour former des radicaux libres.


 

7 - L’apnée du sommeil

ll s’agit d’un trouble très répandu : on s’arrête momentanément de respirer pendant le sommeil (de 5 à 30 fois par heure). Chacune des interruptions représente un micro-réveil dont on n’est pas conscient. Résultat : vous êtes en dette de sommeil même si vous avez passé 8 heures dans votre lit. On conseille de maigrir si l’on est en surpoids, d’arrêter de fumer, consommer peu d’alcool le soir, éviter les somnifères et les anxiolytiques sédatifs. On peut aussi faire un bilan ORL pour voir si le nez n’est pas chroniquement enflammé, donc incapable de remplir sa fonction. « Il
faut alors mettre en place un protocole de traitement, qui est souvent très efficace, » indique le Dr Marianne
Cayatte (Montpellier). L'ostéopathie avec un travaille sur la respiration peut être d'une grande aide également. 


 

8 - Et la cause majeur de la fatigue : le stress

Une inflammation à tous les étages:

Oui, la principale cause de fatigue, celle qui conduit chez le médecin, est liée au stress. Le stress est lié aux fatigues persistantes qui s’accompagnent de démotivation, d’irritabilité, de troubles de la mémoire et de la concentration, du sommeil, de la digestion (côlon irritable). Il y a souvent des variations de poids, des douleurs musculaires, des réactions cutanées, une anxiété généralisée. Lorsqu’une telle fatigue ne peut pas être rattachée à une situation ou une maladie particulière (polyarthrite rhumatoïde, cancer, accident vasculaire cérébral, sclérose en plaques, maladie de Lyme et autres maladies infectieuses…), les responsables sont vraisemblablement les systèmes de régulation du stress qui ne jouent plus leur rôle. Lorsque ces systèmes sont dépassés comme c’est le cas dans le stress chronique, une cascade de réactions indésirables se met en place à tous les niveaux. Elles sont à l’origine d’inflammation, d’auto-immunité (le système immunitaire se tourne contre le soi, c’est-à-dire qu’il attaque les propres tissus de l’organisme), de troubles métaboliques (élévation du sucre sanguin) et bien sûr de troubles psychiatriques et somatiques en tous genres. L’inflammation est orchestrée par un cortège de substances qu’on appelle cytokines. Ces sont des médiateurs extrêmement puissants. On a vérifié dans de multiples expériences qu’elles sont capables d’entraîner de la fatigue, de l’anorexie, de la fièvre, une léthargie, des douleurs musculaires, des troubles de la mémoire et de la concentration, des problèmes de sommeil et même une dépression. 

En fait, on peut dire aujourd’hui qu’une fatigue persistante est toujours associée à une forme d’inflammation généralisée. Un des moyens de savoir si vous êtes dans un état d’inflammation consiste à mesurer dans le sang le niveau de la protéine C-réactive. Plus l’inflammation est marquée, plus ce niveau est élevé. Justement, une étude très bien conduite a trouvé que le niveau de la protéine C-réactive est élevé dans les cas de fatigue chronique, non seulement dans ses formes les plus sévères comme le syndrome de fatigue chronique, mais aussi dans des formes plus légères.
Dans cette étude (1), le nombre des globules blancs est lui aussi élevé lorsqu’il y a fatigue chronique, et c’est un autre moyen de mesurer un état inflammatoire.

Que faire ? 

Toutes les méthodes de gestion du stress, comme le yoga, la méditation, la pratique de la cohérence cardiaque réduisent l’inflammation. Des compléments alimentaires peuvent aussi faire le job. Une grande étude américaine publiée en 2012 a trouvé que l’utilisation régulière de suppléments de glucosamine, chondroïtine (souvent donnés dans l’arthrose) et d’huiles de poissons (oméga-3) est associée à des taux bas de protéine C-réactive.

un cortisol trop bas 


Autre constat biologique dans de nombreuses formes de fatigue : le niveau bas de cortisol. Le cortisol est une hormone libérée par les surrénales en réponse à un stress.

Le cortisol a des effets stimulants : il met le corps sous alarme et le prépare à l’action. C’est l’hormone du réveil, celle que nous sécrétons le matin à partir de 5 ou 6 heures. Donc l’approche de l’aube peut-être assimilée à un petit stress qui, avec son cortisol, doit nous permettre d’affronter les challenges qui nous attendent pendant la journée. Le pic de sécrétion culmine vers 8-9 heures du matin avant de baisser progressivement au cours de la journée pour passer par un minimum entre 22 heures et minuit : c’est le moment de s’endormir ! Voilà en tous cas ce qui se passe quand on est en forme.
Mais quand on est chroniquement fatigué, c’est assez différent. Des études conduites chez des personnes qui souffrent de syndrome de fatigue chronique ont trouvé dans de nombreux cas un taux de cortisol sensiblement plus bas que chez des personnes en forme, avec une sécrétion matinale « aplatie ».(2)

Ces niveaux bas sont attribués à une perturbation du dialogue entre l’hypothalamus et les glandes surrénales, directement liée au stress.Néamoins, tous les patients avec un syndrome de fatigue chronique n’ont pas un cortisol diminué. Quoiqu’il en soit, quand on manque de cortisol, on est durablement fatigué et difficilement fonctionnel. 

Que faire ? 

Pour savoir si on a assez de cortisol ou pas, il faut faire un dosage. Ce dosage peut se faire très simplement par un prélèvement de salive, de préférence au réveil ou en tout début de journée. Si l’on veut un panorama plus complet, par exemple connaître le niveau de cortisol produit par les glandes surrénales, il faut passer par une analyse de sang. Lorsque le patient est fatigué et que son cortisol est bas, certains médecins proposent un remplacement hormonal avec des doses faibles d’hydrocortisone (5 à 15 mg/jour). Ce traitement semble assez efficace. Mais ce traitement comporte le risque de supprimer complètement la synthèse de cortisol par les glandes surrénales.


Substances sans risque à essayer dans toute fatigue persistante

Le magnésium 

Le magnésium est le minéral le plus prescrit dans les fatigues persistantes. Bizarrement, il existe peu d’études pour justifier cet usage qui repose surtout sur des considérations biologiques. Ce n’est pas une raison pour ne pas l’essayer. En 1991, des chercheurs constaté que certains patients atteints de SFC avaient des taux de magnésium dans les globules rouges plus bas que la normale, ils ont pensé à tester les effets d’une supplémentation en magnésium chez ces patients. Trente-deux d’entre eux ont été répartis en deux groupes recevant soit un placebo, soit des injections intramusculaires de sulfate de magnésium pendant 6 semaines. Résultat : ceux qui ont eu droit au magnésium ont rapporté un meilleur niveau d’énergie, une amélioration de leur état émotionnel et une diminution des douleurs liées au SFC. (3)
Dans cette étude, le magnésium était donné en perfusion, mais vous pouvez l’essayer par voir orale.

La vitamine B12

Des chercheurs ont injecté à des patients souffrant de fatigue chronique 2 500 à 5 000 mg de cobalamine tous les 3 jours. Résultat : après quelques semaines de ce traitement, 50 % à 80 % des volontaires ont rapporté une amélioration de leur état. (4)

Compléments alimentaires cités  

(dosages donnés à titre indicatif, il existe des contre-indications, consultez un médecin)
Coenzyme Q10 environ 100 mg par jour
Magnésium environ 300 mg par jour
Vitamine B12 1 mg par jour (voie orale)
Acétyl-L-carnitine environ 1000 mg par jour
Acide alpha-lipoïque environ 400 mg par jour
L-tyrosine 500 à 1500 mg par jour, loin des repas
glucosamine/chondroïtine environ 1000/500 mg par jour
Huile de poisson environ 1000 mg par jour

Cliquez sur l'image pour accéder à ce site de compléments alimentaires : 

anastore petite

 

Florence Savornin

Sources : Dossier Santé Nature Innovation

 

(1) Raison CL, Lin JM, Reeves WC. Association of peripheral inflammatory markers with chronic fatigue in a population-based sample. Brain Behav Immun. 2009 Mar;23(3):327-37. doi: 10.1016/j.bbi.2008.11.005. Epub 2008 Dec 11. PubMed PMID: 19111923

 

(2) Jerjes WK, Cleare AJ, Wessely S, Wood PJ, Taylor NF. Diurnal patterns of salivary cortisol and cortisone output in chronic fatigue yndrome. J Affect Disord. 2005;87:299–304.

(3) Cox IM, Campbell MJ, Dowson D. Red blood cell magnesium and chronic fatigue syndrome.Lancet. 1991;337(8744):757–760

(4) Lapp CW : The rationale for using high-dose cobalamin (vitamin B12). CFIDS Chronicle Physicians’ Forum 1993;Fall:19–20