06 septembre 2013

Les multiples facettes de la chance

 

 

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Quelle est votre conception de la chance ?

 

Il se pourrait bien que "avoir ou ne pas avoir de chance" soit en lien avec la conception personnelle que nous avons de la chance.

Entre statistique et superstition, quelles sont vos croyances ?

L'étymologie du mot chance renvoie au latin cadentia, c'est à dire, ce qui chute, tombe. En conséquence, la chance nous "tombe dessus", ce qui relève bien son caractère incontrôlable. Pour autant, en mathématiques, le terme chance désigne la simple probabilité qu'un fait survienne. Elle est donc objective, statistique. Ce que des professionnels du hasard ont bien résumé avec ce formidable slogan qui fait rêver : "100% des gagnants ont tenté leur chance" alors que nous savons objectivement qu'un joueur n'a qu'une chance sur 13 millions de devenir un gagnant...

Au X° s, les Croisés inventent un jeu de dés, qu'ils baptisent du nom de la ville où ils se trouvent, El Azar ("Dieu a aidé"). A l'aspect statistique, s'ajoute une dimension divine...

Il devient alors tentant de transformer la statistique en espoir d'attirer le bon sort. Dès lors, la chance devient croyance - voire superstition, en accumulant les éléments "magiques" qui permettraient d'influer le cours des choses.

D'un côté la chance est une opportunité qui peut survenir, de l'autre un sort favorable qu'il faut provoquer.

Qui a de la chance - et qui n'en a pas, et pourquoi ?

Demandez-vous :

- Quelle est mon expérience de la chance ?

- Que pensent de la chance les gens qui m'entourent ?

-  Est-ce que j'estime que la chance vient de moi ou de l'extérieur ?

Le bon dosage de la chance

Philippe Gabilliet cite dans son ouvrage* les travaux du neurologue James Austin, qui classe la chance en quatre catégories aux dosages différents entre hasard et volonté :

- la chance de type 1 est totalement accidentelle, due à un ensemble de causes fortuites. C'est la chance magique, qui relève du pur hasard - celle dont on rêve mais qui est totalement aléatoire.

- la chance de type 2 est toujours accidentelle mais comporte une part d'action de l'individu. Elle mêle hasard et action.

- la chance de type 3 présente des circonstances accidentelles qui peuvent receler des opportunités, grâce à l'attention ou à la curiosité du sujet.

- la chance de type 4 repose sur l'expérience de la personne. Il y aurait ainsi des individus "créateurs de chance" qui fabriquent des opportunités. Ils sont généralement créatifs et libérés du poids du déterminisme. 

Il apparaît alors que pour transformer le hasard en occasion favorable, il faut associer trois éléments :

1- une attitude d'esprit, 2- une manière de penser, 3-un comportement

...dès lors, la chance peut devenir quotidienne.  

Les 5 visages de la chance

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Arrêtons nous à présent sur les cinq sources de chance :

- la rencontre fortuite : C'est une personne qui survient, porteuse d'opportunité, d'occasion ou de bonne nouvelle. Encore faut-il ne pas se contenter d'attendre cette rencontre, mais aussi d'être dans l'état d'esprit d'aller à la rencontre des autres...

- l'information-clef :  Avoir accès à une information exclusive ou bienvenue est une chance, mais tout dépend de ce que nous attendons, et ce que nous pouvons faire de cette information...

- le nouveau monde : C'est la découverte d'un nouveau territoire, d'un domaine (personnel, professionnel) à explorer et propices à la bonne fortune

- la demande inattendue : Une personne extérieure propose plus ou moins spontanément une opportunité.

- l'incident providentiel : Un fait aléatoire révèle des aspects bénéfiques.

La source de la chance a alors deux origines :

- le hasard d'abord : dans ce cas la chance est fortuite, et nous ne pouvons que "l'attendre" (ex. : les jeux de hasard)

- l'action d'abord : c'est l'individu qui va au devant des opportunités et provoque la chance.

A noter que la malchance a ces cinq mêmes variantes... Toutefois, les individus malchanceux peuvent répéter des comportements qui constituent une véritable "trame d'échec" :

- les évitants se maintiennent à distance des opportunités et ressources

- les dispersés passent d'un centre d'intérêt à l'autre, sans tenir durablement une direction susceptible de créer des opportunités

- les gaspilleurs gâchent les opportunités qu'ils rencontrent, accusant les autres ou la fatalité.

 

 --> Quel chanceux voulez-vous être ?

 

Favoriser le facteur chance

Nous l'avons compris au cours des réflexions précédantes, la chance n'est pas qu'une question de hasard. Et si hasard il y a, encore ne faut-il pas le manquer - ce qui s'appelle "laisser passer sa chance".

Dans "Éloge de la chance"*, Philippe Gabilliet décortique les 4 "secrets" qu'il y a lieu de combiner pour augmenter son facteur chance. Il serait ainsi possible de "faire apparaître la chance", ou plutôt de la rendre visible :

l'intention : une opportunité sera d'autant plus perceptible si, auparavant, nous avons orienté notre boussole vers une direction. Pour "être chanceux", encore faut-il savoir précisément ce que l'on veut ou ce que l'on attend de la vie.

la disponibilité intérieure : elle suppose d'exercer sa vigilance pour saisir la chance dès qu'elle passe

le recyclage positif : c'est l'optimisation de la malchance, qui permet de gérer travers ou échec en attendant que la chance se manifeste

la connexion : elle incite à favoriser le relationnel, les liens tissés avec les autres et le monde pour faire "circuler la chance".

 

Clarifier son intention

 Pour faire simple : que voulez-vous vraiment ?

Nous avons tous l'impression de savoir ce qu'un coup de chance signifierait pour nous : gagner au Loto, avoir une promotion fabuleuse, rencontrer le prince charmant, décrocher le job de ses rêves, partir à l'étranger... OK, mais concrètement, qu'est-ce que cela signifierait ?

Pour avoir la chance de donner corps à ces rêves, il convient de préciser son intention. C'est ce qui fait la différence entre une simple envie que l'on met vite de côté au premier écueil, et un projet de fond qui mobilisera notre énergie sur le long terme. Si l'intention positive est soutenue, la chance peut devenir durable. En clarifant notre intention, notre cerveau peut se transformer en véritable "tête chercheuse mentale" : nous serons dès lors plus facilement attirés ou sensibles aux opportunités et pistes qui nourrissent notre projet.

L'intention positive est une forme de programmation qui s'appuie sur le désir profond de l'individu et lui donne une direction, qui prendra ensuite des aspects et actions plus concrets. Il peut être intéressant d'établir au préalable un brain-storming qui fasse émerger les éléments du désir.

Pour cela, voici trois pistes :

- se mettre dès aujourd'hui à la recherche de son désir fondamental

Etre à l'écoute de soi permet de laisser émerger ce qui nous fait "vibrer", indépendamment des modèles sociaux auxquels on croit adhérer.

- élaborer des attentes précises

"Réussite", "amour", "succès"...doivent être appréciés de manière très concrète pour nous. Que signifierait réellement pour moi cet objectif en terme d'existence, de mode de vie, de bien-être physique ou matériel ?

- nourrir l'intention afin de la renforcer

Il ne s'agit pas de baisser les bras à la première déconvenue, mais bien au contraire d'entretenir ce que l'on veut. Il faut donner corps à son rêve en l'entretenant au quotidien, comme une graine en devenir que l'on arrose. On approfondit le sujet, on la partage avec d'autres passionnés, on tient un journal de bord, on suit une formation, un programme, on se fait coacher...

Réaliser le pouvoir de la parole

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Il y a des moments dans notre vie où des phrases - entendues ou prononcées - vont créer de véritables déclics qui nous mettent en route, ou au contraire nous accablent. Il ne faut pas négliger le pouvoir de ces phrases - positives ou négatives - dans notre capacité à réussir.

A nouveau, il ne s'agit pas d'encourager la pensée magique, mais de réaliser que ces sentences ont un impact certain sur notre subconscient. Dès lors, elles peuvent stimuler ou anihiler tout ou partie de nos ressources - dont nous avons bien évidemment besoin à 100% pour réussir. Les candidats au bac ne me démentiront certainement pas... Emile Coué agissait déjà ainsi il y a un siècle en prônant le recours à des affirmations positives - forcément positives.

Ce phénomène est également observable dans les croyances, ces pensées que nous généralisons et que nous tenons pour sûres. On dit parfois qu'elles sont auto-réalisatrices - en tout cas nous les percevons comme telles. Le problème est qu'elles s'expriment souvent sur un mode négatif, dans une anticipation limitante ou franchement bloquante. Ceux qui sont convaincus qu'ils n'ont "pas de chance", sont plus enclins à voir leurs échecs qu'à considérer valablement leurs réussites. 

Les inquiets qui seraient tentés d'interroger leur chance par l'intermédiaire des pythies de l'avenir risquent d'en être également pour leurs frais. Les sentences des voyants, astrologues et autres devins agissent plus sûrement sur notre capacité à croire en nous que sur le cours des événements qu'ils annoncent. Attention à la parole de l'oracle, dont l'impact est extrêmement fort, car il est parfois difficile de sortir d'un mauvais présage. D'ailleurs la tentation est grande de réitérer le recours aux prédictions, dans l'espoir de décrocher une sentence enfin favorable. Une dépendance peut vite s'installer - ce qui est moindre mal. Le pire est surtout l'inhibition ou l'anxiété implacables qui peuvent naître à la suite de ces annonces plus ou moins sensationnelles. Ce comportement accentue la tendance à croire que la chance vient de l'extérieur - essentiellement d'événements opportuns et fortuits - plutôt que de nous même.

 Créer vos propres rituels

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On observe souvent que notre quête de chance repose notamment sur une recherche désespérée de réassurance.

Nous voulons sécuriser notre environnement, rassurer nos angoisses en canalisant vers nous la "bonne fortune". Cet espoir fou et irrationnel constitue cette fameuse chance "magique".

Cette chance magique, s'accompagne généralement d'un mode de pensée magique (notamment de celle qui croit que nos pensées modifient notre réalité), et l'individu qui y est soumis (on peut alors parler d'une véritable "dépendance") recherchera dans ses attitudes, ses comportements, voire ses paroles, toutes sortes de superstitions censées être la preuve de l'arrivée imminente d'un hasard heureux - ou au contraire de l'éloignement définitif d'un sort funeste. 

Si on ne peut donc pas "attirer la chance", comment peut-on néanmoins se stabiliser soi-même avec un des objectifs de la chance : la réassurance ?

En effet, ce qui va accompagner, voire soutenir notre réussite ne vient pas de l'extérieur (une personne, un événement fortuit et espéré) mais bel et bien de nous-même.

Les rituels et autres routines peuvent faciliter le retour à un certain équilibre. C'est d'ailleurs une approche du quotidien très prisée des bouddhistes.

Ainsi, le fait d'éxécuter à certains moments, des opérations dans le même ordre, à la même heure, ou de la même façon, peut s'avérer bénéfique. A noter toutefois que, ne pas le faire n'attirera pas davantage le mauvais sort.

En revanche, une routine bien élaborée présente plusieurs bénéfices :

- elle canalise le mental, encadre l'agitation et apaise l'anxiété de celui qui l'exécute

- elle est simplificatrice. Or en simplifiant les choses, on évite la prise de décision sous stress, source potentielle de déstabilisation ou d'hésitation

- elle évite les oublis ou les erreurs, donc multiplie les chances de réussite 

Les métiers qui comportent une forte part de risque sont structurés par de nombreuses procédures et routines, comme autant de rituels qui minimisent le "droit à l'erreur". Exécutées d'une certaine manière, dans un certain ordre, selon un certain timing, ces routines sécurisent la réussite. Le succès de l'opération ne relève donc pas du hasard, mais bien d'une organisation scrupuleuse.

--> Pourquoi ne pas l'appliquer aux plus petits actes de notre quotidien ? 

 

Se mettre en état de disponibilité

 

 Il serait dommage de "laisser passer sa chance", faute de l'avoir vue... "Cette préparation à la chance est essentiellement intérieure." L'intention consciente se double alors d'une attention consciente, qu'il nomme également "disponibilité intérieure". Elle est aussi bien mentale, intellectuelle, émotionnelle qu'affective. A la différence de la concentration, qui est une focalisation sur un point précis, l'attention suppose une ouverture, un regard élargi qui va aider à capter les signes ou percevoir les opportunités favorables. On qualifie dès lors de séréndipités, "les découvertes inattendues faites grâce au hasard et à l'intelligence".

 

Philippe Gabilliet préconise trois habitudes pour entretenir sa disponibilité intérieure :

 

- pratiquer l'ouverture consciente, et exercer sa curiosité toutes les fois où cela est possible

 

- préparer le terrain de l'intuition juste (c'est à dire dans des domaines où l'on a des connaissances, de peur de "prendre ses rêves pour des réalités")

 

- savoir se déconnecter pour favoriser l'éveil, par la méditation, la relaxation, le rêverie, les exercices de pleine conscience, pour "recharger son potentiel d'attention".

 

Eloigner la malchance

La malchance se présente sous 4 formes :

1 - l'absence de chance : rien n'arrive

2 - la chance gâchée : on l'a laissée passer

3 - le coup de malchance : il relève d'un hasard fortuit défavorable, généralement ponctuel

4 - la malchance infuse : elle apparaît comme une "guigne structurelle". 

L'auteur relève que dans les cas 1, 2 et 4, il existe une part de responsabilité individuelle.

Comment inverser la tendance ?

On observe qu'il en est de la malchance comme de la chance : elle est sensible à nos croyances.

Bon nombre de gens sont convaincus qu'ils n'ont "pas de chance", et s'enferment (ou s'enferrent) dans une position de victime. Ils se sentent accablés, abandonnés et impuissants. Or il se pourrait bien que pour avoir de la chance, il faille y être plus attentif.

Aussi, je vous conseille de mettre en place cet exercice simple, pour "retrouver de la chance" (ou tout simplement changer de point de vue sur cette réalité) : 

- ouvrez un "carnet de chance", que vous placez dans votre sac avec un stylo à portée de main.

- dès qu'une opportunité, bonne nouvelle, surprise ou heureux hasard survient, notez-le immédiatement dans votre carnet de chance. Ne négligez aucun fait, ni élément

- poursuivez cet exercice pendant une quinzaine de jours, puis prenez le temps de vous relire.

Vous allez réaliser, preuve à l'appui, que durant cette période, vous avez accumulé des petits ou grands coups de chance. Vous avez de la chance - et ça n'est pas d'hier. Simplement, vous en êtes enfin conscient.

 Savoir considérer les échecs

 L'échec (que l'on a tendance à considérer comme une malchance) peut être appréhendé comme l'autre face de la médaille chance, avec laquelle il faut néanmois composer. D'abord parce qu'il est rare de poursuivre un parcours de réussite sans aucun incident. Ensuite, parce que se préparer - voire transformer - ces incidents permet d'inverser le cours de la malchance, pour retrouver le chemin du succès.

Confronté à un "coup de malchance", il nous faut faire la part des choses entre ce qui relève du hasard (auquel nous ne pouvons rien) et ce qui nous appartient (et peut être potentiellement modifié). On développe alors sa résilience et on est à même de mettre en place un rebond positif : "on transforme le mauvais sort en bonne fortune". L'Histoire regorge d'occasions ratées, qui se sont révélées ultérieurement de véritables catalyseurs de chance : avion manqué qui évite un accident, rendez-vous annulé qui confronte à un autre interlocuteur, expérience échouée qui amène une autre découverte... Cela suppose d'entretenir constamment optimisme et confiance, toutes qualités qui nous quittent dès qu'on se croit malchanceux. Y croire quand même, c'est continuer à avancer, en pratiquant le recyclage positif.

Philippe Gabilliet propose trois pistes d'action pour affronter positivement l'adversité :

- s'entrainer à relativiser les accidents de parcours : digérer, accepter...et repartir en ayant compris le sens de ce que l'on a manqué

- se poser LA bonne question : qu'est-ce que je vais pouvoir faire de cette malchance ? Lui trouver du positif pour soi, pour les autres, pour un autre domaine de vie. Tirer des leçons pour la suite...

- relancer la machine à opportunités : la chance ne se développe que dans l'action, le mouvement, l'ouverture. Il faut créer les conditions de faire apparaître de nouveaux ingrédients de chance : rencontre, information, nouveau monde, demande inattendue...

 

 

Florence Savornin

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Source : 

* Eloge de la chance, ou l'art de prendre sa vie en main, Ed. Saint-Simon

http://espaceducalme.canablog.com

 

 

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Commentaires sur Les multiples facettes de la chance

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    Clair, sensé, joli !

    Posté par Vincent, 07 septembre 2013 à 10:01 | | Répondre
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