Pardonner est la meilleur méthode anti stress

Défaut de caractère par excellence, le ressentiment et ses copains, la rancune, l’amertume, la haine, la vengeance, la colère et j’en passe, peuvent être classés sous l'appelation : Poison. Et ce n’est pas une image. Ces sentiments négatifs sont souvent déclencheurs de symptômes tels que : troubles du sommeil, angoisses, manque d’appétit ou boulimie, ulcères, éruptions cutanées, isolement, irritabilité, état de déprime, etc.
Le ressentiment nait lorsque nous en voulons à quelqu’un ou quelque chose pour quelle que raison que ce soit. Il provoque immédiatement une tension physique dans la région du cœur et on ne sait plus comment s’en débarrasser. Pris au piège, on a tendance à le nourrir sans vraiment s’apercevoir que ce petit monstre a un appétit sans fin. On peut même être amené à vivre avec pendant des années, sans se rendre compte qu’on devient aigri, renfermé et que notre vie se transforme en cauchemar. 

Vivre dans le ressentiment est une source considérable de stress et d'anxiété. Pour faire bon usage de son intelligence émotionnelle et surtout épargner sa santé, il faut donc apprendre à pardonner !

Blocage dans une rage ancienne

papillon

Parfois les gens croient à tort que d'être bloqué dans une rage ancienne veut dire qu'on fulmine, gesticule, jette les objets à travers la pièce. C'est faux, dans la plupart des cas. En revanche cela signifie qu'in est sans cesse fatigué, qu'on promène une solide couche de cynisme, qu'on détruit ce qui est riche d'espoir, de tendresse, de promesse. Qu'on a peur de perdre avant d'ouvrir la bouche, qu'on atteint visiblement ou non le point d'ébullition, qu'on se réfugie dans un silence amer, qu'on se sent impuissant. Mais il existe une solution. Le pardon.

«Pardonner, c'est libérer un prisonnier et découvrir que le prisonnier c'était vous."
- Lewis B. Smedes

Nombreux sont ceux qui ont du mal à pardonner ou à se pardonner parce qu'on leur a présenté le pardon comme un acte d'une seule pièce. Non le pardon a plusieurs strates, plusieurs saisons. Notre culture véhicule la notion que le pardon est une proposition à 100% , que c'est tout ou rien. On dit aussi que pardonner c'est passer l'éponge, faire comme si une chose n'avait jamais existe. C'est également faux.

Une personne qui, dans le cas où quelqu'un, ou quelque chose, lui a causé un grave dommage.peut arriver à pardonner à 95% est proche de la béatification, voire de la sainteté. Si elle arrive à 75% de pardon et 25% de " Je ne sais pas si je pourrai complètement pardonner et d'ailleurs je ne sais pas si je le souhaite ", elle est plus dans la norme. Mais 60% de pardon accompagné de par 40% de " Je ne sais pas, je ne suis pas sûre, j'y travaille encore", c'est déjà très bien. Moins de 10% ? Vous venez sans doute de commencer ou bien vous n'avez pas vraiment essayé.

Mais dans tous les cas, une fois que vous aurez atteint la moitié du chemin, le reste suivra, généralement par petits bouts. Ce qui importe, en matière de pardon, c'est de commencer et de continuer. Terminer c'est l'affaire d'une vie.

Certaines personnes sont, par tempérament, mieux à même de pardonner. Pour les uns c'est un don, pour les autres cela s'apprend. Une forte vitalité, une sensibilité élevée ne permettent pas toujours aux offenses de s'estomper facilement. La personne qui ne pardonne pas aisément n'est pas une mauvaise personne pour autant. 

Quoiqu'il en soit pour parvenir à une véritable guérison et un vrai bien être, il faut dire notre vérité et pas seulement notre regret et notre souffrance. Il faut dire aussi le mal qui a été fait, la colère, le dégoût, et quel désir de nous châtier ou de nous venger a été provoqué en nous. 

Les quatre étapes du pardon

 

chaines

1) Aller de l'avant

Il est bon pour commencer à oublier, d'aller de l'avant pendant quelques temps, c'est à dire de cesser un temps de penser à la personne ou à l'évènement en question. Il ne s'agit pas de laisser quelque chose d'inachevé, mais plutôt de nous mettre en congé, ce qui va nous éviter l'épuisement, nous permettre de nous renforcer dans d'autres domaines, d'avoir d'autres sources de bonheur dans notre existence. 

C'est en fait un bon exercice en vue du lâcher-prise  qui vient plus tard, avec le pardon. Abandonnez aussi souvent que nécessaire la situation, le souvenir, la question. L'idée, c'est d'acquérir force et agilité dans le processus de détachement. Aller de l'avant, cela veut dire s'atteler à telle tâche, apprendre telle ou telle chose intéressante et gratifiante, se rendre au bord de la mer et laisser tomber la question pour un temps. Le tourment des blessures sera moins pénible si la personne assure à son esprit qu'elle va mettre un baume sur ses plaies et s'attaquer plus tard au problème global de l'origine du mal.

2) S'abstenir

La deuxième phase consiste à s'abstenir, particulièrement au sens d'éviter de punir, de ne pas châtier ni même penser au châtiment de près ou de loin. Il est très utile de pratiquer ce genre d'exercice, car il verrouille la question en un point bien précis au lieu de la laisser se répandre un peu partout. C'est une façon de se concentrer en vue des étapes ultérieures. Il ne s'agit pas de cesser de veillez à sa propre protection, mais, simplement, de faire acte de grâce et de voir ce que cela peut apporter à la situation.

 S'abstenir, c'est aussi faire preuve de patience, faire face, canaliser ses émotions. Autant de remèdes puissants. C'est une sorte de purification. Vous n'avez pas besoin de tout faire et pouvez vous contenter de pratiquer la patience, par exemple. Vous pouvez éviter de maugréer, d'agir de manière hostile et d'exprimer du ressentiment. L'intégrité des actes et de l'âme en sort renforcée. 

En vous abstenant, vous pratiquez la générosité, vous permettez à la compassion ou à l'auto-compassion de s'impliquer dans des sujets qui, par le passé, étaient générateurs d'une émotion pouvant aller d'une petite irritation à la rage.

3) Oublier

Oublier, c'est refuser de s'appesantir sur les souvenirs, en d'autres termes c'est lâcher-prise, desserez notre étreinte, particulièrement sur la mémoire. Cela ne veut pas dire pour autant qu'il faille mettre notre cerveau au niveau de l'électroencéphalogramme plat. Quand on oublie consciemment, on laisse aller  l'évènement, on ne s'obstine pas à le garder au premier plan, mais on lui permet plutôt d'être relégué à l'arrière plan ou de sortir de la scène. 

C'est en refusant d'évoquer le matériel brûlant, en refusant de nous le remémorer que nous pratiquons l'oubli conscient. Oublier c'est un effort actif et non une pratique passive. C'est refuser de tourner et retourner certains matériaux, de les faire remonter à la surface, de laisser des pensées, des images, des émotions répétitives nous travailler. Oublier consciemment signifie cesser volontairement de se laisser obséder, aller de l'avant sans se retourner, s'insérer dans un paysage nouveau, se faire une vie nouvelle, des expériences nouvelles sans plus penser aux anciennes. Ce genre n'oubli n'efface pas la mémoire, il met au repos l'émotion qui entoure le souvenir. 

3) Pardonner

Il y a maintes façons de pardonner une offense à quelqu'un, à une communauté, à une nation. Il faut se souvenir qu'un pardon "définitif" n'et pas pour autant une reddition. C'est prendre en connaissance de cause la décision de cesser d'entretenir le ressentiment, ce qui signifie également effacer une dette et abandonner la résolution de punir son auteur. Vous êtes seul à décider quand pardonner et par quel rituel marquer l'évènement. C'est vous qui décidez quelle dette n'a désormais plus besoin d'être payée. 

- Certains choisissent le pardon général : la personne n'est désormais plus comptable de rien.

- D'autres choisissent d'arrêter les comptes à un certain moment, considérant que le paiement est maintenant suffisant, le passé est le passé, la dette est abandonnée.

- Il est également possible d'effacer l'ardoise, même si aucun restitution, d'ordre émotionnel ou autre, n'a été effectuée.

- Pour certains, pardonner signifie considérer l'autre avec indulgence, et c'est le plus facile quand l'offense est relativement mineure. 

- L'une des formes de pardon les plus profondes est de tendre la main avec compassion à l'offenseur, de lui apporter une aide. Il ne s'agit pas pour autant de se jeter dans la fosse aux serpents, mais de réagir en se plaçant sur une position de clémence, de sécurité, de préparation.

Le pardon, c'est ce point où culminent les trois étapes : aller de l'avant, s'abstenir et oublier. On ne cesse pas de se protéger, on se départir de sa froideur. Ne plus exclure l'autre, abandonner toute attitude de froideur à son égard, arrêter de l'ignorer, ou de se raidir, de jouer faux, c'est pardonner profondément. Mieux vaut, pour son bien, limiter le temps passer avec des personnes dont la présence vous pose problème et éviter de leur répondre, plutôt que d'agir dans l'indifférence d'un mannequin de bois. 

Pardonner c'est faire acte de création. Les méthodes éprouvées de manquent pas. Vous pouvez pardonner pour le moment, jusqu'à tel moment, jusqu'à la prochaine fois, pour cette fois mais ce sera la dernière. Vous pouvez donner une autre chance, plusieurs autres chances, de nombreuses chances. Vous pouvez oublier tout ou partie de l'offense. C'est vous qui décidez. 

Comment savoir si vous avez pardonné ? 

Vous avez tendance à éprouver du chagrin plutôt que de la fureur en évoquant l'évènement.

A être désolée pour la personne plutôt qu'en colère à son égard.

Vous comprenez la souffrance qui a conduit à l'offense.

Vous préférez vous tenir à l'écart de tout ça.Vous n'attendez rien, vous ne voulez rien. 

Vous n'êtes plus rattaché à l'évènement comme si vous aviez une corde à la cheville, vous êtes libre de vos mouvements.

Sans doute l'affaire ne s'est-elle pas terminée sur un "et ils furent heureux", mais il est fort probable que désormais, un nouvel "il était une fois" vous attend.

 

 

Source : Clarissa Pinkola Estés (Psychanalyste et Conteuse) "Femmes qui courent avec les loups". Chapitre 12 : Les limites de la rage et du pardon.