Article rédigé par Augustin de Livois, pour L'Institut pour la Protection de la Santé Naturelle. www.ipsn.eu 


1175640_10151872278732661_1309458161_n

Perturbateurs endocriniens: faut-il s’inquiéter ?

Chère amie, cher ami,

Le 20 mars dernier, je me suis rendu à Poitiers à l’Université de médecine pour participer à un colloque sur les perturbateurs endocriniens. Cet événement était organisé avec l’aide du réseau Environnement Santé.

 

Une réunion institutionnelle

Cette conférence est organisée par le Réseau Santé Environnement. Le programme est technique mais intéressant.  Nous passons en revue les grandes définitions concernant les perturbateurs endocriniens, puis différents experts ont présenté leurs travaux.

Différentes équipes de chercheurs sont, en effet, en train d’étudier la question des effets des perturbateurs endocriniens sur l’environnement ou la santé humaine.

Les résultats de leurs études sont alarmants :

  • Nous sommes en permanence exposés aux perturbateurs endocriniens.
  • Ceux-ci ont un effet néfaste sur notre système endocrinien (nos hormones). Ils abîment notre santé et plus particulièrement celle des enfants. Ils jouent notamment sur la fertilité et les cancers hormonodépendants.

Ce colloque réunit de nombreux universitaires. La région Nouvelle Aquitaine et l’Agence régionale de la Santé sont représentées. La journée est introduite par de haut-fonctionnaires de la région, avant que les chercheurs invités ne livrent leurs conclusions.

La situation est très inquiétante.

Cela veut dire, une fois de plus, que nos autorités politiques et administratives sont parfaitement au courant de la situation sanitaire dégradée dans laquelle nous nous trouvons.

Mais personne n’est disposé à agir efficacement pour limiter la pollution chimique qui menace notre santé. Il est vrai que l’effort à consentir paraît considérable. Il faut envisager un abandon progressif du pétrole et de ses dérivés comme les plastiques ou les engrais.

Personne, au niveau politique, semble prêt à faire le pas. En attendant, on se contente donc d’organiser des colloques et d’accumuler des constats négatifs…

Si la réponse politique tarde, il est bon, à titre individuel de savoir quels risques nous encourons et surtout comment nous pouvons les éviter. 

Qu’est-ce que les perturbateurs endocriniens ?

Commençons par la théorie.

Un perturbateur endocrinien est une substance chimique qui perturbe le système hormonal.

On les appelle aussi « xénohormone », c’est à dire, littéralement “hormone étranger au corps” ou encore “leurre hormonal”.

Ces molécules ressemblent beaucoup à nos hormones naturelles. En effet, elles viennent souvent (mais pas toujours !) de produits dérivés de l’industrie pétrochimiques.

Or le pétrole est le fruit de la lente décomposition de végétaux pendant des millions d’années. Les molécules issues du pétrole sont donc proches structurellement des molécules vivantes. Mais évidemment, ce sont des molécules fossiles.

Elles ne permettent pas au corps et aux êtres vivants de bien fonctionner.C’est même pire que cela, elles viennent interrompre (perturber) les messages chimiques diffusés dans nos corps pour vivre.

Il existe d’autres molécules chimiques qui “perturbent” les hormones.

Ce sont :

  • Le tabac,
  • Les métaux lourds,
  • Les hormones de synthèse,
  • Certains médicaments,
  • De nombreux dérivés de l’alcool utilisé à des fins industriels (parabènes), etc.

 

Nos systèmes internes de communication déséquilibrés

 

Même s’il s’agit de mécanismes complexes, il est facile de comprendre comment nos corps fonctionnent et interagissent avec leur environnement.

Nous avons deux grands réseaux de communication : l’un est électrique, c’est le système nerveux ; l’autre est chimique, c’est le système hormonal.

Toutes nos vies et nos états d’âme sont conditionnés par ces deux systèmes de communication.

Les hormones sont sécrétées par certains organes du corps : thyroïde, glandes diverses, ovaires, testicules… Elles sont produites, transportées, réceptionnées… Elles véhiculent les messages urgent de notre corps.

L’équilibre de ce système est fragile, surtout au début de la vie : le fœtus, l’embryon, le nourrisson et le jeune enfant sont particulièrement sensibles aux perturbateurs endocriniens. 

Gare à la dérégulation !

Les perturbateurs endocriniens peuvent avoir de terribles effets sur la santé, notamment :

  • Altérer la croissance des fœtus, des embryons, des enfants,
  • jouer sur l’humeur,
  • détruire l’énergie d’une personne ou son sommeil,
  • perturber la circulation du sang,
  • abîmer les fonctions sexuelles et la fertilité.

L’ère industrielle

Source: Flickr

Pendant des siècles, nos systèmes de communication interne ont pu s’exprimer sans problème. L’ère du charbon, puis du pétrole ont changé la donne.

Nous sommes exposés quotidiennement à de nombreux produits chimiques de synthèse.

Ils sont présents dans l’air ou dans l’eau. Ils sont sur les objets de consommation courantes : mobilier, jouets, ustensiles de cuisine. On les trouve dans les cosmétiques, les aliments, les emballages, les produits ménagers, même les vêtements !

La production de produits chimiques de synthèse est passée de 1 à 400 millions de tonnes en 100 ans (1).

Ce développement sans précédent de la chimie a révolutionné nos vies. Ces produits ont permis de réduire drastiquement les prix des biens de consommations produits par l’industrie.

En mettant du plastique partout plutôt que des matériaux nobles et naturels, les industriels ont pu produire des objets en masse. Les prix ont baissé. Tout le monde a eu chez soi à des prix abordables : des appareils électriques, du mobilier bon marché, mille et un ustensiles de cuisine, de bricolage ou de décoration…

Ce sont aussi tous les produits nettoyants ou cosmétiques de synthèse, mais également les peintures, les teintures, tous les matériaux composites dérivés du pétrole : tous les plastiques, les mousses, les textiles…

Levez la tête un instant. Regardez autour de vous. Nos vies en sont remplies !

Tout a changé autour de nous. Nous ne nous en sommes à peine rendus compte. Nos voitures, nos chambres à coucher, nos cuisines, nos bureaux, nos aires de jeux… tout !

Mais il y a un prix à payer pour ce nouveau mode de vie industriel de plastification généralisée.

Ces produits de synthèse ont des effets importants dans de nombreux domaines :

  • Pollution des cours d’eau,
  • atteinte de la couche d’ozone,
  • multiplication des déchets toxiques,
  • pollution de l’air,
  • émission de gaz à effet de serre,
  • pollution des écosystèmes et destruction de la faune et de la flore sauvage,
  • dégradation de la santé humaine dès le stade embryonnaire.

Pour de nombreux scientifiques l’explosion actuelle des maladies chroniques non infectieuses s’explique en partie par l’exposition aux produits chimiques.

D’après Christopher Wild, Directeur du Centre international de recherche contre le cancer, rattaché à l’OMS :

 “80 à 90% des cancers sont liés à notre mode de vie et à l’environnement. Cela inclut la nutrition, la sédentarité, le tabagisme, l’alcool, le stress, les médicaments, 


Quels sont les perturbateurs endocriniens les plus connus?

Source: Flickr

Parmi les substances nocives connues, j’en ai retenu trois à éviter absolument (je vous dis dans ma lettre de demain comment) : le bisphénol A, les phtalates et les parabènes.

  • Le Bisphénol A, utilisé dans la fabrication des plastiques en polycarbonate. Où le trouve-t-on ? Dans les produits suivants (la liste n’est pas exhaustive) : petit électroménager, lunettes, cd, boîte de conserves, canettes, canalisations d’eau, cuves alimentaires et vinicoles, tickets de caisse, composites dentaires… Joie ! Il est interdit dans les biberons depuis 2011. Ouf !
  • Les phtalates sont des plastifiants des plastiques en particulier du polychlorure de vinyle (PVC). Vous voulez des phtalates ? Voici une liste d’objets qui en contiennent : câbles électriques, revêtements de sol et de murs, mobilier, gadgets, rouges à lèvres, vernis, crèmes, pommades, médicaments et dispositifs médicaux etc.
  • Les parabènes sont des conservateurs répandus, utilisés dans les cosmétiques ou les médicaments. Ils agissent notamment sur la thyroïde.

J’ai choisi ces trois-là mais les pesticides, les fongicides, de nombreux revêtements sont tout aussi dangereux !

En fait, le chantier pour se débarrasser des perturbateurs endocriniens est gigantesque !

Cela est vrai au niveau collectif et individuel.

Avant de se poser la question de savoir comment on fait en pratique, il faut savoir les éléments suivants :

  • Même à très faibles doses les perturbateurs endocriniens peuvent être nocifs, parfois ils sont plus nocifs à ces doses qu’à des doses élevées.
  • Au-delà de la dose, c’est la période qui compte. Il faut absolument éviter l’exposition aux perturbateurs endocriniens chez les femmes enceintes et les petits enfants, ainsi qu’à l’adolescence. Ces périodes de de forte activité hormonales et donc de transformation des humains sont critiques. C’est là que les ravages peuvent être les plus terribles.
  • Il existe un effet cocktail. Nous sommes exposés à plusieurs produits chimiques à la fois. Les effets se combinent entre ces produits. Les effets sur notre santé sont alors supérieurs dans ce cas à la somme des effets individuels des perturbateurs endocriniens.
  • Les effets négatifs sont transmis d’une génération à l’autre par le jeu de l’épigénétique. On a retrouvé des troubles du comportement jusque-là 4e génération de souris ayant été exposée au Bisphénol A.

Perturbateurs endocriniens: comment les éviter?

Ces conseils sont inspirés de la documentation du Réseau Environnement Santé. Ce groupe de scientifiques reconnus propose depuis des années une réflexion sur la question des perturbateurs endocriniens.

Conseil n°1 : Repérer quels sont les principaux perturbateurs endocriniens

Il existe, hélas, des milliers de perturbateurs endocriniens.

En juillet 2017, le ministère de l’écologie et de l’agriculture a publié deux listes de produits commercialisés qui peuvent endommager vos hormones :

  • L’une concerne 1000 “biocides”. C’est une catégorie large de produits qui servent à tuer ou éloigner les organismes vivants : bactéries, insectes etc. (1)
  • L’autre vise 600 produits “phytosanitaires”. C’est une catégorie spécifique de produits appartenant aux biocides qui sert à traiter les végétaux contre les insectes, les bactéries ou les champignons (2).

Ces listes donnent une idée de la quantité faramineuse de produits chimiques nuisibles à la santé, utilisés tous les jours dans nos pays.

Mais les connaître tous est impossible. Mieux vaut avoir en tête les grandes catégories afin de les éviter au mieux et notamment :

Le Bisphénol A imite les œstrogènes, hormones sexuelles féminines. Il favorise le diabète, les troubles cardiovasculaires, les problèmes d’hyperactivité, de fécondité et de puberté précoce. Gare aux boîtes de conserves !

Les phtalates ont une action négative sur la testostérone, l’hormone sexuelle masculine. Ils provoquent une féminisation des fœtus mâles. Ils ont un effet nocif sur les systèmes de reproduction et peuvent provoquer les cancers hormonodépendants. Attention aux cosmétiques !

Les parabènes, comme les autres, jouent sur les hormones sexuelles. Ils ont aussi une incidence négative sur les hormones thyroïdiennes.  Là aussi, méfiez-vous des cosmétiques…

Les perfluorés (3) ont un effet sur la fertilité féminine et masculine. Ils pourraient aussi avoir un rôle dans les cancers et les maladies cardiaques. Or, en Europe et aux Etats-Unis, l’ensemble de la population est intoxiqué aux perfluorés.
Ce n’est pas une surprise. Ces molécules, contenant du fluor, résistent bien à la chaleur et repoussent l’eau et la graisse.

Elles servent donc aux revêtements de nombreux objets : moquettes, textiles, vêtements imperméables, emballages, vaisselle en papier jetable, revêtements antiadhésifs des poêles et ustensiles de cuisine. Non seulement ils sont toxiques mais ils persistent dans nos corps pendant des années ! Aïe.

Les pesticides : on les respire et on les mange… Pourtant, eux aussi, nuisent à notre fertilité et provoquent des cancers.

Conseil n°2 : Prenez garde à la période d’exposition !

Les perturbateurs endocriniens sont particulièrement dangereux pour les fœtus, les embryons, les jeunes enfants et les adolescents.

Si vous êtes enceinte ne pulvérisez jamais de pesticides. C’est dangereux pour vous et très dangereux pour votre bébé.

Conseil n°3 : Méfiez-vous de l’effet cocktail

Ce n’est plus un secret. Même les revues scientifiques les plus conservatrices, comme Sciences et Avenir en parlent ! (4)

Il existe un “effet cocktail” avec les perturbateurs endocriniens. Cela veut dire que l’exposition à une combinaison de substances est beaucoup plus dangereuse que celle à une seule substance. 

Conseil n°4 : Evitez les pesticides dans l’alimentation

Pour cela, il faut consommer des produits non transformés, frais, de saison et bio. L’idéal est d’avoir son propre potager ou de connaître ses producteurs.


Conseil n°5 : Conservation des aliments, préférez le verre

Les canettes et les boîtes de conserves qui n’ont pas la mention “sans Bisphénol A” en sont bourrés. Il faut les éviter. L’idéal, comme pour les biberons, est d’utiliser le verre.

Conseil n°6 : Dans la cuisine, bannissez les ustensiles avec du téflon ou certains plastiques

Les poêles traitées au téflon (5), pour pratique qu’elles soient, sont dangereuses pour la santé. Le téflon est un composant perfluoré. Ces molécules contiennent du fluor qui, pendant la cuisson, est transféré aux aliments.

Il convient de bannir aussi certains plastiques, ceux qui portent les mentions :

  • N°3 ou PVC
  • N°6 ou PS polystyrène
  • N°7 ou PC poly carbonate

Il existe un certain nombre d’alternatives à ces matériaux (téflon et plastiques) : verre, inox, grès, céramique, terre cuite, fonte émaillée, fer.

Si vous tenez absolument à utiliser des plastiques, mieux vaut disposer de plastiques :

  • N°2 ou HDPE,
  • n°4 ou LDPE,
  • N°5 ou polypropylène.

Ils sont réputés contenir moins d’additifs. Cela ne veut pas dire qu’ils n’en n’ont pas.

Conseil n°7 : Changez de logiciel en matière de beauté : les produits cosmétiques industriels vous rendent malades !

Si vous tenez à utiliser des lotions de beauté, choisissez des produits naturels et bio. Evitez à l’inverse tous les ingrédients suivants :

  • Phtalates (DEP, DOP, DINP),
  • Triclosan,
  • Muscs synthétiques (fragrances),
  • Parabènes,
  • Phénoxyéthanol,
  • BHA,
  • Benzophénone

La meilleure référence étant la mention Slow cosmétique qui est une organisation qui réunit que des fabricants répondant à une certaine charte : Naturel, éthique, le moins d'emballage possible, écologique, Bio, etc. 

Pour en savoir plus sur cette mention vous pouvez vous rendre sur https://www.slow-cosmetique.org/

Et pour voir la boutique et prendre connaissance de tous leur produits vous pouvez cliquer sur l'image ci dessous : 

Ambassadrice (3)

 

Conseil n°8 : Aérez votre maison

Votre appartement ou votre maison est peut-être un nid à perturbateurs endocriniens. 

Mieux vaut les faire partir en aérant régulièrement les lieux.

Par ailleurs, utilisez le plus possible des matériaux naturels dans votre intérieur. Et à l’inverse débarrassez-vous des moquettes et textiles synthétiques, du bois aggloméré, du polystyrène et des revêtements en plastique.

C’est vrai aussi pour les jouets des enfants ! Mieux vaut avoir du bois ou du tissus non traités ! C’est une révolution dans la maison !

Utilisez moins de produits chimiques pour nettoyer votre maison, bannissez la javel, les désodorisants et remplacez les par des huiles essentielles, du savon noir, du vinaigre blanc. 

Si vous avez d’autres conseils à partager pour éviter les perturbateurs endocriniens, n’hésitez pas à les mettre en bas des commentaires.


 Pour avoir plus d'articles du blog "Chemins de la santé", n'hésitez pas à vous inscrire à la Newsletter en cliquant ici


 

Source: 

https://www.ipsn.eu/perturbateurs-endocriniens-eviter/

https://www.ipsn.eu/perturbateurs-endocriniens-faut-sinquieter/